VOUS VOULEZ AIDER UNE PERSONNE EN DEUIL?

Quand une personne proche est touchée par le deuil, on voudrait l'aider pour soulager un peu sa peine. Mais on se demande parfois comment faire. Ce dépliant a été conçu pour vous aider à mieux comprendre ce que vivent les personnes en deuil et à trouver quelques pistes pour les soutenir dans leur épreuve.



Le deuil

Le deuil, c'est l'expérience de la perte d'une personne aimée. C'est un processus qui est généralement long et qui peut même s'étendre sur quelques années, en particulier lors d'un deuil d'enfant. Plus l'attachement est fort et plus le deuil risque d'être intense. Il est important cependant de se rappeler que chacun réagit à sa manière face à cette épreuve.

Par exemple, il arrive souvent que les femmes expriment plus ouvertement leurs sentiments que les hommes. Cela ne signifie pas que ceux-ci ont moins de peine. Il y a aussi des hommes très expressifs et des femmes plus réservées. L'intensité de l'expression des émotions n'égale pas l'intensité de la peine. Il est important de ne pas juger selon le sexe et de ne pas se fier aux apparences. Chaque personne vit son deuil à sa façon, elle fait de son mieux et il est essentiel de chercher à la comprendre et de la respecter dans ses réactions et son cheminement.



Le processus du deuil

Immédiatement après la mort, il y a généralement une période de choc, d'engourdissement, d'incrédulité et de négation, surtout si le décès est subit. Les gens disent souvent qu'ils sont "sur le pilote automatique", ce qui leur permet de fonctionner, de faire les démarches pour les funérailles. Cela peut durer de quelques heures à quelques semaines. Cette réaction normale permet à la personnede se protéger avant de faire face à la réalité du décès.

Peu à peu, la personne endeuillée commence à ressentir intensément l'absence de l'être aimé, le vide, le manque. Elle vit beaucoup de tristesse. Tout lui rappelle la personne décédée. Elle réalise que plus jamais elle ne pourra parler à l'être aimé, lui toucher, être à ses côtés. L'absence se fait obsédante et cruellement douloureuse. En effet, l'endeuillé vit la perte d'une relation importante pour lui, mais il vit aussi le deuil de tous les projets qu'il avait souhaité réaliser avec l'autre.

La personne en deuil peut éprouver de la colère. La colère est parfois dirigée contre celui qui est décédé, spécialement s'il a eu uncomportement imprudent, s'il s'est suicidé ou encore parce que son décès est perçu comme un abandon. L'endeuillé peut aussi ressentir de la colère contre d'autres personnes, par exemple le médecin qui n'a pas été capable de sauver l'être cher, le chauffard qui a causé l'accident, Dieu qui est accusé d'infliger cette épreuve.

La personne en deuil cherche parfois avec insistance des causes ou des coupables qui pourraient expliquer le décès. Cette recherche normale l'amènera possiblement, avec le temps, à accepter que certaines questions resteront sans réponse, spécialement dans les cas de suicide.

La culpabilité est fréquente. L'endeuillé cherche à savoir ce qu'il aurait pu faire de plus pour l'être aimé ou ce qui aurait pu empêcher le décès. La culpabilité est un sentiment qui peut être très destructeur. Il est important de permettre à la personne de l'exprimer. Peu à peu, elle parviendra probablement à s'en défaire, car elle a sans doute fait tout ce qu'elle pouvait pour le disparu.

Envahie par sa peine, la personne en deuil a de la difficulté à reprendre la vie quotidienne. Au travail, à la maison, dans ses loisirs, dans ses relations avec les autres, elle n'a plus les mêmes intérêts et peut même sembler n'avoir le goût de rien et être désintéressée de tout. Elle peut se sentir anxieuse, éprouver des peurs face à sa santé ou celle de ses proches. Elle idéalise parfois le disparu, oubliant ses défauts et exagérant ses qualités.

L'endeuillé peut ressentir dans son corps les effets de sa peine : boule dans l'estomac, oppression, palpitations, perte d'appétit, fatigue, insomnie, manque d'énergie, difficulté à se concentrer, perte de mémoire. Devant l'intensité de ses réactions, il peut craindre de "devenir fou" ou de manquer de contrôle sur sa vie. Il a parfois besoin de se faire dire que ses réactions sont normales.

C'est peu à peu, généralement avec des efforts, du soutien et du temps que l'endeuillé arrive à réorganiser sa vie différemment, à investir dans de nouveaux intérêts et de nouvelles relations et à se sentir en paix avec le souvenir de l'être aimé. Cependant, longtemps après le décès, l'endeuillé peut vivre encore des moments de tristesse durant le temps des Fêtes, lors d'anniversaires ou d'autres événements significatifs parce que l'absence de la personne aimée se fait plus ressentir dans ces moments de réjouissance.



Quelques pistes pour aider la personne en deuil

Le principal moyen d'aider une personne endeuillée, c'est de l'écouter. Les paroles d'encouragement ou les conseils sont souvent perçus comme inutiles ou même blessants. En effet, nos mots sont parfois maladroits pour exprimer notre pensée ou pour dire à l'autre que l'on est sensible à l'intensité de sa peine. On est souvent mieux d'admettre qu'on ne sait pas quoi dire, qu'on est mal à l'aise parce qu'on devine un peu à quel point on serait soi-même bouleversé dans une telle situation. Les comportements les plus appropriés et les plus appréciés sont habituellement de se montrer disponible, d'être à l'écoute des émotions de l'endeuillé, de savoir respecter son silence.

Il faut éviter les phrases toutes faites et les conseils tels :

"Tu peux avoir d'autres enfants"
"Tu es jeune, tu peux te remarier"
"Il est bien mieux mort que d'être resté légume"
"Tu vas sortir grandi de cette épreuve"

Ces phrases ne sont pas nécessairement fausses, mais elles ne sont pas aidantes. C'est la personne endeuillée elle-même qui peut trouver les aspects moins pires de sa situation. Cela fâche l'endeuillé de se faire dire qu'il est chanceux dans sa malchance ou qu'il n'a qu'à tourner la page. Il se sent alors incompris et cherchera à éviter les personnes qui lui manifestent peu de compassion.

Les gens en deuil ont besoin d'être entourés, mais ils ne recherchent pas le même genre de relations sociales qu'auparavant. Ils se sentent souvent isolés et trouvent que les relations avec leurs proches sont plus difficiles. En effet, ils ont besoin des autres, mais il ne faut pas s'attendre à les retrouver comme ils étaient avant le décès à cause de la tristesse du deuil. Souvent, dans les premières semaines après le décès, les endeuillés sont bien entourés par leurs proches. Après quelque temps, ceux-ci s'éloignent parce que pour eux, la vie reprend son cours normal. Mais pour les endeuillés, la vie n'est plus, et ne sera plus jamais la même.

On croit parfois qu'il vaut mieux ne pas parler du disparu pour ne pas attrister les endeuillés en leur rappelant leur perte. C'est oublier à quel point leurs pensées sont habitées par le disparu. Plusieurs endeuillés souhaitent en parler, d'autres ne se sentent pas capables ou ne désirent pas le faire. Il faut respecter les besoins de chacun. Cependant, il est important de ne pas changer de sujet quand l'endeuillé parle du décédé. En effet, les endeuillés ont souvent l'impression de renier l'être cher en évitant de parler de lui. Ils vivent cela comme une "conspiration du silence". Il importe de tenir compte de leurs désirs à ce sujet.

Ils ont parfois besoin de dire et de redire les mêmes choses longtemps : leur attachement à la personne décédée, l'histoire de ce qui s'est passé, les difficultés qu'ils vivent, le vide qu'ils ressentent. Souvent, après un certain temps, ils ont l'impression que leurs proches ne veulent plus les entendre. Les endeuillés souffrent alors de solitude, d'isolement et d'incompréhension alors qu'ils auraient besoin d'être entourés et respectés dans leur cheminement.

Parfois les endeuillés éprouvent une certaine envie face au bonheur des autres et évitent les rencontres avec des personnes qui leur rappellent ce qu'ils ont perdu. Ainsi, une femme, après le décès de son conjoint, peut éviter les gens qui sont en couple ou encore des parents, après le décès d'un enfant, peuvent s'éloigner de proches qui ont des enfants du même âge.

Il ne faut pas s'offusquer de cette attitude des endeuillés et il faut être capable de leur offrir à nouveau plus tard de l'écoute, une sortie, une invitation parce qu'ils cheminent et que leurs besoins changent. Ceux qui trouvent des personnes attentives, compréhensives, disponibles et tolérantes en sont très reconnaissants et disent à quel point cela les aide à vivre leur deuil.

Les endeuillés apprécient aussi une aide concrète comme apporter un repas, garder les enfants, faire les petites tâches ménagères qu'ils n'ont pas toujours le courage de faire.

Il faut se rappeler que l'attitude et le comportement sont plus importants que les paroles pour transmettre à la personne endeuillée l'expression de notre sensibilité à sa peine et notre disponibilité à l'écouter et à l'accompagner sur ce long chemin du deuil. C'est un processus long et exigeant, mais il faut prendre le temps nécessaire pour le vivre. C'est une condition essentielle à la guérison du coeur blessé par le décès d'une personne aimée.



Les groupes d'entraide

Les groupes d'entraide pour personnes endeuillées sont une bonne façon de se sentir accompagné durant le deuil. Rencontrer d'autres personnes qui vivent les mêmes émotions, les mêmes difficultés, aide à réaliser que ces émotions sont normales et à se sentir à l'aise pour parler de son vécu. De plus, ces échanges permettent de découvrir des moyens utilisés par d'autres pour cheminer dans le deuil. Divers groupes d'entraide existent un peu partout au Québec. Pour les parents qui ont perdu un enfant, à Québec, Solidarité-Deuil d'enfant offre ce service d'échange et de soutien : (418) 990-0435. Plusieurs autres groupes de parents endeuillés sont reliés au réseau des Amis Compatissants : (514) 933-5791. Dans toutes les régions, d'autres groupes d'entraide aident ceux et celles qui ont perdu un conjoint, un parent, un ami. Votre C.L.S.C. peut vous informer sur les services près de chez vous.